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Cassandre

Projet artistique a partir de temoignages de femmes porte par Charline Porrone et Julie Lerat-Gersant

Figure féminine à la lucidité dérangeante parce que liée à la guerre, ce monde exclusivement masculin, parce que jugée trop savante et dotée d’un statut ambigu, Cassandre est un personnage privilégié pour explorer les questions testimoniales.
Véronique Léonard-Roques

 

La Piccola Familia et le Théâtre de la Poudrerie (Sevran), forts d’une première collaboration autour du spectacle L’Affaire Richard (texte de Julie Lerat-Gersant, mise en scène de Charline Porrone) qui a vu le jour en Novembre 2015, ont eu le désir commun de continuer cet échange en lançant un nouveau projet pour 2017-2018 questionnant la représentation et la place des femmes.
La proposition du Théâtre de la Poudrerie de récolter des témoignages de femmes et d’en écrire une pièce est très vite entrée en résonance avec d’autres travaux de recherche artistique menés par Charline Porrone, notamment autour des Troyennes de Sénèque.

Comment des problématiques de figures antiques nous parviennent aujourd’hui ? Les diverses représentations (théâtrales, picturale, poétiques…) de certains mythes ne sont- elles pas de formidables vecteurs pour tenter de comprendre notre monde actuel et de poser la question de la place de la femme dans notre société, et plus particulièrement en banlieue ?

« Ensemble, nous nous interrogerons tant sur le personnage de Cassandre que sur les questions fondamentales que ce mythe pose autour du statut de la parole.
En effet, la parole de Cassandre est celle d’une femme qui sait mais que personne ne croit, celle d’une femme qui s’obstine à dire et celle d’une femme que tout le monde pense folle.
La parole de Cassandre est vaine.
Nous interrogerons ce mythe, cette histoire et ce qu’elle nous raconte encore aujourd’hui. Nous chercherons à échanger, à penser ensemble, à partager et analyser les résonances de cette histoire avec les nôtres. »

Cassandre (la folle d’Apollon)

D’abord il y a le mythe de Cassandre, son histoire : Cassandre est une jeune princesse troyenne. Un jour, le Dieu Apollon en tombe fou amoureux et pour la séduire, lui propose un marché : « Si tu t’offres à moi, je te donnerai le don de prédiction. » Cassandre accepte. Apollon lui donne ce don. Puis au moment de s’offrir à lui, elle lui crache dessus. Apollon furieux, lui lance alors une malédiction : « Tu vas prédire l’avenir, tu verras tout arriver, MAIS personne ne te croira jamais ».

Et puis il y a ce qu’on en pense aujourd’hui, de ce mythe, de cette histoire. Qu’est-ce qu’une femme qui sait ? Quelle est le visage d’une femme qui n’est pas crue ? Que peut bien savoir une femme et que les autres ignorent ?

Nous avons rencontré une trentaine d’hommes et de femmes, raconté cette histoire, nous avons regardé des portraits de femmes ensemble, nous nous sommes posé des questions et parfois y avons répondu….

Et aujourd’hui, Cassandre est le fruit de ces rencontres… Un texte écrit à partir de témoignages d’aujourd’hui et de textes antiques.

Un spectacle porté par deux actrices destiné à être joué dans l’intimité d’un appartement, d’une maison.

Le théâtre en appartement, histoire d’Humanité, d’humanités.

Deux acteurs, des spectateurs, trois accessoires et un peu de lumière… Et le théâtre est là. Présent et puissant, expérimentant à nouveau « l’être ensemble ». Le voyage dure une heure, dans l’intimité́ d’un appartement, et après avoir vécu la même histoire, l’échange se poursuit de manière plus informelle. Ici, pas de barrière statutaire, les acteurs ne retournent pas dans leurs loges mais échangent avec les spectateurs, qui eux-mêmes ne sont pas encore rentrés chez eux. Des échanges d’abord autour de l’expérience vécue ensemble dans un premier temps (le spectacle), mais qui bien souvent dépassent le sujet et vont vers des questions plus larges : La famille, le travail, l’actualité́ d’une ville d’un pays, du monde…

Ensemble, un groupe de personnes échange donc, se questionne , débat, interroge le monde dans lequel il vit. Ensemble.
Et qu’est-ce que le théâtre sinon l’art du vivre ensemble ?
C’est au nom de ce vivre ensemble théâtral dans cette forme particulière, cette proximité, que le désir de poursuivre l’expérience s’est accru.

La parole / La parole des femmes

Forts de ces expériences, de ces échanges précieux, nous avons cette fois souhaité intégrer la parole des personnes rencontrées (le témoignage) au cœur même du processus de création, et plus particulièrement celle des femmes.
En effet, en dehors des aspects juridiques ou des différentes statistiques, la parole de la femme a et a toujours eu une considération particulière, et parfois, moindre. Et cette question, celle de la parole, donnée ou entendue ne se mesure, ne se quantifie pas. Elle est, pour nous même, un pur ressenti. Alors qu’en est-il de ce ressenti ? Est-il le même pour tous, pour toutes ?

Comment la parole circule-t-elle aujourd’hui ? Les femmes sont -elles entendues ? En ont-elles, du moins, la sensation ?

L’Antiquité, berceau de nos civilisations est chargée de symboles, mythes et légendes à travers lesquels, la femme est souvent dotée de savoir, de pouvoir. Pourtant et malgré́ eux, ces « dons » sont les premières raisons d’une victimisation.

Une œuvre picturale comme vecteur de pensée

De nombreux auteurs ont écrit autour ou à partir du mythe de Cassandre, les antiques (Sénèque, Euripide, Eschyle) et contemporains (Wolf, Prozas)…
Mais afin de s’interroger sur cette parole, de s’exprimer sur ses résonances avec celle d’aujourd’hui, de récolter celle des habitant(e)s autour de ce mythe, il nous a paru pertinent et passionnant de se rencontrer autour d’une matière, un objet artistique. Une peinture donc.

Grâce à de précieuses rencontres et notamment, Françoise Feger, responsable du pôle Action territoriale et démocratisation culturelle au musée du Louvre, nous avons pu explorer le musée à la recherche de Cassandre. Les représentations picturales de ce personnage étant très minces, nous avons décidé de choisir des peintures, qui de manière purement subjective et arbitraires, nous rappellent Cassandre.

C’est à partir de ces tableaux choisis subjectivement, instinctivement, que nous irons en quête de partage. Partage de ressentis, d’expériences, d’analyses personnelles et collectives.
Pour ce faire, et pour garder la préciosité des échanges intimes, l’idée proposée est d’amener cinq reproductions de ces œuvres chez l’habitant. Ainsi, à travers des conversations menées par une médiatrice du Louvre, nous expérimenterons la rencontre entre ces œuvres et un petit groupe d’habitants.

Avec ces reproductions, et au plus près d’elle, faire circuler la parole, l’échange.
Quelles sont les premières impressions face à ces reproductions ? Ressentons-nous le poids de l’histoire qu’elles portent ?
Ces œuvres témoignent elles d’un passé ? Celui de la femme ? Et en quoi ce passé a des résonances ou pas avec notre présent ?

Ainsi, et à partir de ces rencontres vraies, nous continuerons le questionnement à travers la création d’un objet artistique, une forme théâtrale mêlant textes issus de l’Antiquité́, et paroles de femmes d’aujourd’hui. Un objet qui sera le fruit de ces rencontres. Mais un objet que nous souhaitons chargé de réflexions humaines et sensible. Une forme théâtrale créée à partir du constat d’un monde passé et présent et qui continue de l’interroger.

Charline Porrone

GÉNÉRIQUE

Ecriture, mise en scène et interviews : Julie Lerat-Gersant et Charline Porrone

Avec en alternance : Julie Lerat Gersant, Laurianne Baudoin, Julie Duchaussoy

Production La Piccola Familia / Théâtre de la Poudrerie, création 2018 – Avec le soutien du musée du Louvre et de la DRAC Ile-de-France
Les rencontres des habitants ont été menées en collaboration avec le musée du Louvre dans le cadre de la convention entre la Ville de Sevran, la Ville d’Aulnay-sous-bois et le musée du Louvre